…al Palio del 2 Luglio 2019 mancano

 

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ALESSIA BRUCHI ET LA PHOTOGRAPHIE DU PALIO: les couleurs, les frissons et la sueur des prises de vue sur le tuf.

 

Tout ce qui gravite autour du Palio est plutôt un monde conjugué au masculin, fait d’une esthétique épique et impétueuse, de passions sanguines et viscérales qui se traduisent souvent par des expressions de puissance, de fierté et d’appartenance à un peuple, témoignant peut-être d’une réminiscence ancienne mais bien ancrée de guerriers orgueilleux et invincibles. Une complexité que je pourrais définir comme “l’essence  siennoise masculine”, une façon d’être qui n’accepte aucun compromis parce que, dans la vie comme au Palio, si tu arrives deuxième, tu es un perdant.

C’est la même chose pour la photographie du Palio, domaine presque exclusivement réservé aux hommes, et qui, probablement pour cela, reste un peu sceptique envers un objectif féminin incisif, qui peut être considéré comme trop « peu résistant » pour raconter l’épopée croissante des trois jours qui précèdent la journée du Palio, fameuse journée très longue et dense en angoisses et émotions. Cette journée commence à six heures du matin pour les photographes, avec la messe du jockey sur une  « Piazza del Campo » presque vide, puis il y a la « provaccia » – dernière course d’essai- et le cortège historique sous le soleil en début d’après-midi, suivi de la course et enfin de l’exultation du quartier  vainqueur. Cette dernière étape est peut-être le moment le plus intense et exténuant physiquement des 96 longues heures du Palio. En effet, au terme de la course, on n’a pas d’excuse, on n’a pas le temps de changer d’objectif ni d’ajuster son appareil car si tu te trouves dans la foule, tu risques d’être bousculé ou emporté. A la fin de la course il faut être prêt sans faute. Il faut se sentir comme un bélier, c’est-à-dire avoir cette résistance typiquement masculine pour rester debout, les pieds bien plantés par terre, pour ne pas être emporté mais aller dans les sens du fleuve impétueux du peuple victorieux qui, dès que le pétard déclarant la course conclue éclate, se déverse sur l’anneau de tuf et court vers le barbe et puis vers le balcon des juges, à deux pas de toi, pour poursuivre ensuite vers Provenzano ou vers le Duomo.  Et je vous assure que, pour une femme, ce n’est pas facile.

Cela reste toutefois pour moi le défi le plus beau, et c’est une émotion qui se répète à chaque fois. De l’adrénaline à l’état pur. La passion, l’impétuosité, les émotions vibrantes sur le visage des gens, les larmes de joie, la sueur et l’odeur de la vie, tout cela en quelques prises de vue, qui deviennent uniques en raison du contraste net  entre l’impétuosité masculine du palio et la sensibilité toute ronde de mon téléobjectif au féminin qui cueille probablement le côté plus intime et les détails  mieux que ne le ferait un regard masculin. Prises de vues fortes, souvent imparfaites, mais intenses et sanguines, prises de vues aussi difficiles qu’uniques, non renouvelables, prises de vues qui, une fois chez moi, me rendent orgueilleuse du travail réalisé : tous ces portraits et ces récits du Palio qui renferment en eux-mêmes l’essence de l’âme siennoise.

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LE PALIO EN TECHNICOLOR

Mes photos du Palio privilégient plutôt la couleur, les contrastes nets, les couleurs fortes et les contre-jour fréquents, qui confèrent à la photo un caractère plus grave et spectaculaire. Avec ce type de photo, le travail qui suit est minime, car je fais en sorte que mes photos soient déjà saturées d’émotions et de spectacle au moment des prises de vue, et j’en soigne aussi la composition d’une façon presque maniaque.
En outre, mes images du Palio sont en général très chorales, c’est-à-dire focalisées sur l’unanimité de l’événement, interprété comme quelque chose d’extrêmement collectif et vaste. C’est pour cette raison que j’utilise beaucoup les objectifs grand-angle, avec plan focal fixe ou non, mais toujours avec une grande luminosité, de 14mm f/2.8 et 14-24mm f/2.8, 17-35mm f/2.8  jusqu’au moins poussé mais très versatile 24-70mm, toujours f/2.8.

Comme je crois que chaque type de photographie porte déjà en soi  sa propre nature, exception faite pour quelques prises de vue qui savent s’exprimer parfaitement en noir et blanc, je suis de l’avis que le reportage du Palio ne peut qu’être en couleurs, parce que la couleur est l’essence même du Palio, l’élément le plus important, sans quoi il perdrait beaucoup de sa signification. Le Palio est une explosion de couleurs, de passion sanguine qui vient du cœur, mélangée à l’adrénaline, quelque chose qui n’est certes pas facile à photographier, en particulier pour une femme qui, à la fin de la course, se retrouve à affronter le fleuve en crue du quartier vainqueur, qui court dans une seule direction. C’est une situation aussi émouvante qu’excitante, et tu dois savoir exactement comment bouger, quoi faire ou ne pas faire pour éviter de te faire bousculer, pour avoir au contraire la possibilité de photographier de près l’émotion et la joie, de si près que ta sueur se mêle aux larmes et à l’orgueil bien siennois des gens du quartier en fête. Ce sont des photos-émotions, où la technique est certes très importante, mais c’est le cœur et l’âme qui l’emportent.

 

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alessia bruchiALESSIA BRUCHI – Photographe du Palio de Sienne

Née à Sienne en Novembre 1977, photoreporter, lauréate en Communications, master en Marketing et “contradaiola” (membre de quartier) passionnée. Profondément liée à la photo de reportage, elle collabore actuellement avec plusieurs journaux locaux et nationaux comme photoreporter et travaille en outre à FOTOSTUDIOSIENA, studio photo à Sienne.

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